Un nouvel avenir pour le bois : comment le Japon redéfinit l’’urbanisme durable
Le verre, l’acier et le béton dominent les paysages urbains modernes. Pourtant, au Japon, une révolution discrète est en cours : les architectes se tournent à nouveau vers le bois, l’un des matériaux de construction les plus anciens au monde, afin de créer les villes du futur.
La renaissance du bois
Le bois a toujours occupé une place particulière au Japon. Des pagodes élancées de Nara aux assemblages complexes des maisons de ville de Kyoto, l’architecture traditionnelle misait sur le bois non seulement pour sa beauté, mais aussi pour sa résistance aux tremblements de terre. Au fil du temps, cependant, l’essor de la construction moderne a propulsé le béton et l’acier au premier plan.
La pagode du temple Horyuji à Nara est l’une des plus anciennes tours en bois du monde encore debout.
La pagode du temple Horyuji à Nara est l’une des plus anciennes tours en bois du monde encore debout.
Aujourd’hui, les avantages de l’utilisation du bois sont reconsidérés. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’innovation : le Japon utilise le bois pour réduire ses émissions de carbone, soutenir une sylviculture durable et créer des espaces urbains plus chaleureux, plus accueillants et plus humains. Grâce à des matériaux techniques tels que le bois lamellé-croisé (CLT) – des panneaux solides et résistants au feu constitués de plusieurs couches de bois – les architectes peuvent concevoir des bâtiments plus grands, plus hauts et plus sûrs qu’auparavant.
Les tours en bois de Tokyo
Ce nouveau bâtiment remarquable sera la plus grande tour de bureaux en bois du Japon lorsqu’il sera achevé en 2028.
Ce nouveau bâtiment remarquable sera la plus grande tour de bureaux en bois du Japon lorsqu’il sera achevé en 2028.
Nihonbashi, un des quartiers d’affaires de Tokyo, s’apprête à accueillir un bâtiment inédit et emblématique. Ce gratte-ciel de 17 étages, qui sera la plus grande tour de bureaux en bois du Japon, est conçu pour apporter une touche de nature au cœur de Tokyo. Prévu pour être achevé en 2028, il servira de modèle en matière de durabilité et de confort des espaces de travail.
Le bois omniprésent à l’intérieur adoucit l’atmosphère des bureaux, créant un environnement plus chaleureux.
Le bois omniprésent à l’intérieur adoucit l’atmosphère des bureaux, créant un environnement plus chaleureux.
L’origine locale du bois est au cœur de la conception du bâtiment, permettant une utilisation efficace des ressources forestières japonaises, tout en soutenant cette industrie. À l’intérieur, les poutres apparentes et les grands open space font écho à la tranquillité apaisante d’une forêt. Il en résulte un lieu de travail où l’agencement ouvert et les matériaux naturels réduisent le stress et favorisent la productivité.
Le bois est de plus en plus utilisé dans les immeubles de bureaux du centre de Tokyo. (Avec l’aimable autorisation de Yamato Holdings Co., Ltd.)
Le bois est de plus en plus utilisé dans les immeubles de bureaux du centre de Tokyo. (Avec l’aimable autorisation de Yamato Holdings Co., Ltd.)
Cette préférence pour le bois est également manifeste dans le projet de cette entreprise de logistique, utilisant le bois comme matériau de construction principal en plein Ginza, quartier central de Tokyo. Cette initiative novatrice présente une structure hybride en acier et en bois, témoignant d’un engagement fort en faveur d’un urbanisme durable.
Le Grand Anneau d’Osaka : seconde vie et durabilité
Le Grand Anneau était l’un des emblèmes principaux de l’Exposition Universelle 2025 à Osaka, au Japon. (Avec l’aimable autorisation d’Ibamoto – CC BY-SA 4.0, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/)
Le Grand Anneau était l’un des emblèmes principaux de l’Exposition Universelle 2025 à Osaka, au Japon. (Avec l’aimable autorisation d’Ibamoto – CC BY-SA 4.0, https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/)
Reconnu par le livre Guinness des records comme la plus grande structure architecturale en bois au monde, le Grand Anneau était le monument phare de l’Exposition universelle 2025 à Osaka, illustrant le concept « d’unité dans la diversité ».
Une partie du bois du Grand Anneau sera réutilisé lors de la GREEN×EXPO 2027. (Avec l’aimable autorisation de Hiromitsu Morimoto)
Une partie du bois du Grand Anneau sera réutilisé lors de la GREEN×EXPO 2027. (Avec l’aimable autorisation de Hiromitsu Morimoto)
Sa construction allie des méthodes de construction modernes à la technique traditionnelle d’assemblages nuki, c’est-à-dire des poutres horizontales emboîtées dans des poteaux et fixées sans clous. Utilisés depuis longtemps dans l’architecture japonaise, ces assemblages permettent aux structures en bois de se déformer en cas de tremblement de terre tout en réduisant le besoin de fixations métalliques.
Fidèle à son engagement en faveur du développement durable et de la préservation du patrimoine, la ville de Yokohama prévoit de réutiliser une partie du bois provenant du démantèlement du Grand Anneau lors de la GREEN×EXPO 2027. Cette initiative innovante permet non seulement de prolonger le cycle de vie de la structure, mais aussi de créer un lien entre l’esprit et l’histoire matérielle de ces deux événements majeurs, transformant ainsi un élément architectural emblématique en un symbole environnemental durable.
Des constructions en bois chaleureuses et sûres
Le Japon développe des technologies de pointe dans le secteur du bois afin de garantir la fiabilité de ce matériau dans les environnements urbains. (Avec l’aimable autorisation de CYPRESS・SUNADAYA CO.,LTD, Obayashi Corporation Photos : Sode Naomichi)
Le Japon développe des technologies de pointe dans le secteur du bois afin de garantir la fiabilité de ce matériau dans les environnements urbains. (Avec l’aimable autorisation de CYPRESS・SUNADAYA CO.,LTD, Obayashi Corporation Photos : Sode Naomichi)
Construire avec du bois dans des villes modernes implique de prouver qu’il peut être aussi sûr que le béton ou l’acier. Au Japon, les architectes et les ingénieurs utilisent des technologies avancées qui garantissent la fiabilité du bois en milieu urbain. Citons notamment le bois lamellé-croisé (CLT) et les revêtements à base de silicate, une forme de verre liquide appliqué sur le bois pour protéger la structure du feu. Associés aux traditions japonaises de construction en bois, développées au fil des siècles pour résister aux forces sismiques, ces systèmes permettent aux bâtiments de répondre aux mêmes normes de construction strictes que le béton ou l’acier.
Le bois est essentiel pour créer des espaces chaleureux et accueillants rappelant la nature. (Avec l’aimable autorisation d’Obayashi Corporation Photos : SS Co., Ltd. Sode Naomichi)
Le bois est essentiel pour créer des espaces chaleureux et accueillants rappelant la nature. (Avec l’aimable autorisation d’Obayashi Corporation Photos : SS Co., Ltd. Sode Naomichi)
Le confort est aussi important que la sécurité dans l’architecture moderne : le bois offre des qualités que d’autres matériaux ne peuvent égaler. Sa chaleur naturelle et sa matérialité organique rendent les espaces plus accueillants, transformant les bureaux en lieux de travail plus sains et les espaces publics en endroits où les visiteurs ont envie de se retrouver. Le bois fait le lien entre la nature et l’architecture, créant des espaces plus vivants.
Un nouvel avenir pour l’architecture urbaine en bois
Le projet W350 devrait donner naissance au plus haut bâtiment en bois du monde.
Le projet W350 devrait donner naissance au plus haut bâtiment en bois du monde.
En misant sur le bois, le Japon redéfinit l’avenir de l’urbanisme. Dans le futur, des initiatives telles que le projet W350 à Tokyo, dont l’achèvement est prévu pour 2041, donnent une idée de l’ampleur de cette ambition. Cette tour, haute de 350 mètres et construite principalement en bois, deviendra le plus haut gratte-ciel en bois du monde une fois achevée, symbolisant ainsi les possibilités offertes par l’architecture en bois. Elle reflète la détermination du Japon à allier tradition et innovation et à montrer la voie en matière d’urbanisme durable.