Trouver chaussure à son pied : la modernisation des modèles traditionnels
Les marques de mode donnent un nouveau souffle aux chaussures traditionnelles japonaises. En retravaillant les caractéristiques essentielles des geta (sabots en bois), des setta (sandales à semelles plates) et des jika-tabi (chaussures à orteils séparés) pour les adapter aux goûts actuels, elles montrent comment le patrimoine culturel peut être modernisé sans perdre son esprit d’origine.
Conçues pour être fonctionnelles
Une estampe du XIXe siècle représentant un guerrier samouraï portant des geta (sabots en bois) en hiver. (Avec l’aimable autorisation du Brooklyn Museum (CC BY 2.0))
Une estampe du XIXe siècle représentant un guerrier samouraï portant des geta (sabots en bois) en hiver. (Avec l’aimable autorisation du Brooklyn Museum (CC BY 2.0))
Pour comprendre ces réinterprétations modernes, il faut connaître leurs origines. Les chaussures traditionnelles japonaises étaient conçues en fonction de leur usage et du contexte culturel, imaginant ainsi des formes en harmonie avec la vie quotidienne.
La qualité des geta reflétait souvent le statut social de leur propriétaire, allant de simples sandales en bois à de magnifiques chaussures laquées, comme celles présentées ici.
La qualité des geta reflétait souvent le statut social de leur propriétaire, allant de simples sandales en bois à de magnifiques chaussures laquées, comme celles présentées ici.
Les sabots en bois geta illustrent parfaitement le concept de design fonctionnel. Leurs plateformes surélevées permettaient de garder les bas des kimonos propres et secs lorsque l’on se déplaçait dans les rues non pavées du Japon. Leur son caractéristique avait même une fonction sociale, annonçant l’arrivée des individus, dans une culture qui valorisait les comportements courtois.
Une autre sandale traditionnelle japonaise est la setta, une chaussure à lanières dotée d’une semelle plate en cuir et d’une surface tressée en tatami. Contrairement aux geta, les setta sont conçues pour être imperméables. Certains modèles comportaient des plaques métalliques fixées au talon pour plus de solidité et pour produire un cliquetis distinctif. Les semelles plates des setta étaient souvent préférées pour les promenades dans les jardins afin de préserver l’aménagement paysager soigné.
Toutes aussi ingénieuses, les jika-tabi sont des chaussures à orteils séparés inspirées des chaussettes traditionnelles avec le gros orteil séparé (tabi) qui ont fait leur apparition sur le marché au début du XXe siècle. En séparant le gros orteil des autres, leur conception épouse la structure naturelle du pied, offrant ainsi une plus grande flexibilité, un meilleur équilibre et une meilleure adhérence. Ces qualités ont rendu les jika-tabi indispensables aux ouvriers du bâtiment, aux agriculteurs et aux artisans japonais. Elles restent répandues chez les conducteurs de pousse-pousse, qui comptent sur une bonne stabilité et un contrôle précis.
La souplesse et l’ergonomie des jika-tabi en font un choix populaire pour les occasions où l’équilibre et l’adhérence sont essentiels. Elles sont souvent portées lors des festivals par les personnes qui montent sur les chars.
La souplesse et l’ergonomie des jika-tabi en font un choix populaire pour les occasions où l’équilibre et l’adhérence sont essentiels. Elles sont souvent portées lors des festivals par les personnes qui montent sur les chars.
Ces chaussures reposent sur une philosophie simple : elles doivent s’adapter à la mécanique naturelle du corps plutôt que de la contrarier. Les semelles plates, les bouts séparés et le rembourrage minimal favorisent le mouvement actif du pied et un bon équilibre.
Une tradition repensée pour la vie contemporaine
Les créateurs d’aujourd’hui redécouvrent ces principes et s’en inspirent pour créer des chaussures qui répondent aux tendances contemporaines. Le résultat est un mariage réussi entre patrimoine culturel, matériaux modernes et technologies qui améliorent le confort.
Mizutori commercialise une large gamme de chaussures inspirées des modèles traditionnels. (Avec l’aimable autorisation de Goyemon)
Mizutori commercialise une large gamme de chaussures inspirées des modèles traditionnels. (Avec l’aimable autorisation de Goyemon)
Mizutori, un atelier fondé en 1937, a réinventé les geta pour le Japon du XXIe siècle. Sa gamme Hiete se caractérise par un talon de 4,5 centimètres et une semelle en caoutchouc pour un look et un confort contemporains. L’entreprise a également collaboré avec des fabricants de baskets pour créer des chaussures innovantes qui allient l’esthétique des chaussures traditionnelles à des semelles adaptées à la vie moderne.
Goyemon utilise des technologies modernes pour réinventer les sandales traditionnelles japonaises setta. (Avec l’aimable autorisation de Goyemon)
Goyemon utilise des technologies modernes pour réinventer les sandales traditionnelles japonaises setta. (Avec l’aimable autorisation de Goyemon)
Toute aussi inventive, la gamme Unda de la marque de chaussures Goyemon allie des semelles de baskets à coussin d’air à un design inspiré des setta. En associant cette forme traditionnelle à des matériaux contemporains, Goyemon crée des chaussures hybrides qui absorbent les chocs comme des chaussures de sport tout en conservant la base rectangulaire stable caractéristique des setta. Le résultat s’accorde à merveille avec un jean et des vêtements streetwear.
Des bienfaits inattendus
Les geta traditionnelles sont encore portées aujourd’hui au Japon, généralement avec un kimono ou un yukata.
Les geta traditionnelles sont encore portées aujourd’hui au Japon, généralement avec un kimono ou un yukata.
Une étude menée par Mizutori en collaboration avec l’université de Shizuoka suggère que le port de certains modèles de geta de la marque pourrait favoriser la circulation sanguine. Les résultats indiquent également une amélioration potentielle des problèmes « d’orteils flottants », qui se caractérisent par le fait que les orteils ne touchent pas le sol. Ces changements pourraient contribuer à une posture plus droite et plus centrée.
Les chaussures de type jika-tabi présentent leurs propres avantages. Leur design à pointe fendue permet au gros orteil de s’étendre indépendamment, ce qui, selon des recherches, contribue à prévenir les oignons et à maintenir la cambrure naturelle du pied. En laissant les orteils bouger librement et adhérer subtilement à chaque pas, les jika-tabi activent les petits muscles du pied qui sont importants pour la stabilité et la souplesse lors de la marche.
Des chaussures contemporaines inspirées des jika-tabi ont vu le jour. (Avec l’aimable autorisation de Marugo)
Des chaussures contemporaines inspirées des jika-tabi ont vu le jour. (Avec l’aimable autorisation de Marugo)
Marugo, un fabricant japonais fondé en 1919, s’appuie sur un siècle de savoir-faire artisanal dans la fabrication de tabi pour développer des jika-tabi modernes qui encouragent le bon fonctionnement du pied. En plus de leur design ergonomique et maintes fois éprouvé à orteils séparés, ces chaussures intègrent un rembourrage contemporain et des matériaux de haute technologie pour un confort optimal.
Un pas dans la bonne direction
Le regain d’intérêt pour les chaussures japonaises montre que les modèles traditionnels offrent encore des solutions pratiques pour nos déplacements. Façonnées par la mécanique, l’équilibre et l’observation attentive du corps en mouvement, les geta et les jika-tabi continuent de susciter l’intérêt. Alors que les créateurs japonais contemporains revisitent ces modèles, ces chaussures suggèrent que l’innovation dans la mode nécessite parfois un retour aux sources.