Le Kamaboko dévoilé : à la découverte du célèbre gâteau de poisson japonais

Le Kamaboko dévoilé : à la découverte du célèbre gâteau de poisson japonais

Le kamaboko, un gâteau de poisson très apprécié au Japon, est bien plus qu’un aliment incontournable. Il offre un aperçu des saveurs régionales, du savoir-faire artisanal et des célébrations culturelles du pays.

Des techniques ancestrales aux créations raffinées échangées lors d’occasions spéciales, le kamaboko reflète des siècles de culture culinaire et de savoir-faire artisanal japonais. Ses variations reflètent les goûts et les styles de présentation de chaque région, avec des formes allant du simple rouleau à des motifs sculpturaux complexes. Découvrons ensemble l’histoire, les méthodes de préparation et les différences régionales de ce classique japonais.

Des kamaboko tranchés et prêts à être consommés. (Avec l’aimable autorisation de Suzuhiro Kamaboko)

Des kamaboko tranchés et prêts à être consommés. (Avec l’aimable autorisation de Suzuhiro Kamaboko)

Qu’est-ce que le kamaboko ?

Le kamaboko est un gâteau de poisson traditionnel japonais à base de poisson blanc assaisonné, généralement du cabillaud ou du colin d’Alaska. Le poisson est finement haché et mélangé à des blancs d’œufs, du sel, du sucre et du mirin (un vin de cuisine japonais sucré à base de riz fermenté). Il est ensuite façonné et cuit, à la vapeur, au four, grillé ou bouilli. Initialement développé comme méthode de conservation du poisson, le kamaboko est devenu une source fiable de protéines et un aliment de base de la cuisine japonaise, réputé pour sa texture lisse et moelleuse et sa saveur douce et savoureuse. Différentes couleurs sont obtenues en mélangeant des pigments comestibles avant cuisson. Étant fabriqué à partir de poisson, le kamaboko est une source de protéines de haute qualité et d’acides aminés essentiels.

Goûter l’histoire : les origines du kamaboko

Le kamaboko est mentionné dès le XIIe siècle : il fut servi lors d’un banquet organisé en l’honneur d’un aristocrate en 1115. À l’origine, le kamaboko était préparé à partir d’une pâte de poisson assaisonnée façonnée autour de bâtonnets, puis grillée au-dessus d’une flamme. C’était un plat de fête. Plus tard, le kamaboko moulé sur de fines planches de sapin, puis grillé, a fait son apparition. Cette pratique facilitait le façonnage et le transport de la pâte de poisson, tout en prolongeant sa durée de conservation, car le bois absorbait et libérait l’humidité.

Le kamaboko peut être grillé, cuit au four, à la vapeur ou bouilli.

Le kamaboko peut être grillé, cuit au four, à la vapeur ou bouilli.

Au XIXe siècle, Odawara, dans la préfecture de Kanagawa, est devenue célèbre pour son kamaboko grâce à l’abondance de poissons propices à sa fabrication. La situation géographique d’Odawara, le long de la route très fréquentée de Tokaido qui reliait Edo (aujourd’hui Tokyo) à Kyoto, a contribué à la diffusion rapide de ce mets. Différentes régions ont développé leurs propres méthodes de fabrication du kamaboko, en fonction des espèces de poissons présentes localement et de la qualité de leur eau.

Préparez votre propre kamaboko à Odawara. (Avec l’aimable autorisation de Suzuhiro Kamaboko)

Préparez votre propre kamaboko à Odawara. (Avec l’aimable autorisation de Suzuhiro Kamaboko)

À Odawara, les visiteurs peuvent visiter un musée consacré au kamaboko et découvrir l’évolution et l’histoire de cette spécialité culinaire, passer en revue les différents produits locaux nécessaires à son élaboration ou participer à un cours de fabrication de kamaboko. Les participants reçoivent de la pâte de poisson déjà préparée qu’ils doivent modeler sur des planches en bois. À l’aide d’un couteau à kamaboko, ils façonnent soigneusement la pâte pour lui donner sa forme traditionnelle en demi-lune. Une fois les rouleaux façonnés, ils sont emportés par le personnel pour être cuits à la vapeur. Après environ 1 h 10, les kamaboko fraîchement préparés peuvent être dégustés sur place ou emportés chez soi.

Comment déguster le kamaboko à la maison

Qu’il soit tranché et dégusté tel quel, servi en garniture sur des plats de riz et de nouilles, ou grillé pour rehausser sa saveur umami, le kamaboko est depuis longtemps une source importante de protéines et un ingrédient polyvalent de la cuisine japonaise. Ainsi, différentes régions et différents producteurs ont développé leurs propres façons de préparer et de déguster le kamaboko. On peut par exemple le faire revenir à la poêle avec des légumes pour obtenir un plat de pâtes à la japonaise ou l’utiliser pour décorer le chirashi-zushi (un sushi « éparpillé » très coloré servi lors des anniversaires et d’autres fêtes).

Il existe de nombreuses façons de déguster le kamaboko.

Il existe de nombreuses façons de déguster le kamaboko.

Les variantes régionales du kamaboko

Bien que couramment vendu dans les supermarchés japonais, le kamaboko revêt une grande diversité selon les régions. Dans la préfecture de Miyagi, le kamaboko est traditionnellement moulé en forme de feuille de bambou. Cette forme s’inspirerait de l’emblème de la famille Date, qui a régné sur la région du XVIIe au XIXe siècle. Leur blason représentait des moineaux parmi des feuilles de bambou.

Le kamaboko de la préfecture de Miyagi a traditionnellement la forme d’une feuille de bambou.

Le kamaboko de la préfecture de Miyagi a traditionnellement la forme d’une feuille de bambou.

Le narutomaki tire son nom de célèbres tourbillons marins. Ce type de kamaboko est souvent servi comme garniture dans les ramen.

Le narutomaki tire son nom de célèbres tourbillons marins. Ce type de kamaboko est souvent servi comme garniture dans les ramen.

Une autre sorte de kamaboko bien connue est le narutomaki, dont les tourbillons roses flottent souvent à la surface des ramen. Son motif en spirale emblématique et son nom font référence aux tourbillons de Naruto, une série de puissants courants marins entre l’île d’Awaji et la préfecture de Tokushima, sur l’île de Shikoku. Ces tourbillons peuvent être observés depuis des bateaux touristiques ou depuis la plateforme d’observation du pont Onaruto.

L’art du kamaboko

Dans la préfecture de Toyama, le kamaboko se décline dans une multitude de couleurs et de motifs, plus beaux les uns que les autres. (Avec l’aimable autorisation d’Umekama)

Dans la préfecture de Toyama, le kamaboko se décline dans une multitude de couleurs et de motifs, plus beaux les uns que les autres. (Avec l’aimable autorisation d’Umekama)

Dans tout le Japon, le kamaboko est étroitement associé aux fêtes. Dans la préfecture de Toyama, il occupe une place centrale dans les célébrations telles que le repas du Nouvel An et les mariages, au cours desquels, traditionnellement, on offre en guise d’amulette un kamaboko en forme de daurade élaborée. Cette tradition remonte à plusieurs siècles, lorsque la daurade était considérée comme un cadeau porte-bonheur. Sa couleur rouge reflétait la longue tradition culturelle japonaise qui valorisait les teintes rouges douces, historiquement associées à la bonne fortune.

Non, ce n’est pas une peinture... C’est une œuvre d’art en kamaboko !

Non, ce n’est pas une peinture... C’est une œuvre d’art en kamaboko !

Aujourd’hui, certaines entreprises produisent des modèles qui vont au-delà de la daurade traditionnelle, notamment avec des motifs plus classiques et des créations saisonnières inspirées de Noël ou d’Halloween. Ces œuvres d’art comestibles sont fabriquées à la main, chacune étant soigneusement décorée par des artisans expérimentés à l’aide de pâte de poisson colorée et d’ustensiles de cuisine simples. Le niveau de savoir-faire requis pour certaines décorations de kamaboko est si élevé qu’il existe même des concours nationaux où les artisans présentent leurs œuvres. Le résultat ressemble souvent davantage à une œuvre d’art qu’à un mets destiné à être mangé.

Mis à part pour les concours, tous ces gâteaux de poisson ne nécessitent pas forcément un travail aussi élaboré. Cependant, la fabrication du kamaboko requiert des années de formation et des connaissances spécifiques. Afin de préserver et de transmettre ce savoir-faire, le gouvernement japonais a mis en place une certification nationale pour les fabricants de kamaboko. Grâce à ces artisans, il reste un élément courant des repas quotidiens au Japon, apprécié pour son goût, ses bienfaits nutritionnels et sa longue histoire culturelle.