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NIPPONIA No.17 15 juin, 2001

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Reportage spécial*

Le Château de Himeji

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Le tenshukaku (donjon) et le shotenshu (donjon mineur) du Château de Himeji. Les pics triangulaires de la toiture sont en style chidori-hafu (pignon en pluvier), tandis que la structure des pignons incurvés rappelant la vague est en style kara-hafu (pignon à la mode Tang). Toutes ces lignes des toitures concourent à la stupéfiante élégance de la silhouette.

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Quoi de plus majestueux et ornemental à la fois que le château japonais? Sans oublier, bien sûr, sa finalité première qui était de se muer en une forteresse inexpugnable en cas de guerre. Une approche plus fouillée fera ressortir les dispositifs et astuces entrant dans maints éléments de la construction pour tenir l’envahisseur en respect. Nombre de ces éléments se retrouvent concentrés dans le Château de Himeji, d’ailleurs classé Patrimoine Culturel Mondial.
Texte :Sakagami Kyoko Photo : Moritake Takashi
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La topographie constitue un élément déterminant pour l’implantation du château japonais, distinguant trois types : le yama-jiro, édifié au sommet d’une montagne où l’escarpement concourait naturellement à sa défense, le hira-jiro, construit dans la plaine, et le hirayama-jiro, s’élevant sur une éminence dominant une plaine. Ainsi en va-t-il du Château de Himeji dans le Japon de l’Ouest, puisqu’il fut construit sur une colline, appelée Hime-yama, entourée par une vaste plaine.
Les bâtisseurs de châteaux choisissaient évidemment pour dresser leur tenshukaku (tour principale ou donjon) l’emplacement le plus élevé dans le périmètre de la place forte. Ce donjon dominait l’ensemble du château de toute sa hauteur pour offrir le point de guet idéal pour observer les mouvements de l’ennemi dans la région. C’est tout naturellement donc que le tenshukaku en vint à symboliser la mainmise seigneuriale absolue de son occupant sur ses terres et ses sujets.
Appelée honmaru (enceinte principale), la zone entourant le donjon constituait la partie vitale du château. Les autres enceintes, ninomaru et sannomaru (deuxième et troisième enceintes), sont souvent disposées en spirale autour de l’enceinte principale. Au Château de Himeji, par exemple, l’enceinte principale était le haut lieu de la décision politique. Le seigneur des lieux tiendra résidence avec toute sa famille, sa parenté et son clan dans le ninomaru, sannomaru et nishinomaru (deuxième, troisième enceintes et enceinte de l’ouest) dont la disposition n’a jamais été modifiée depuis.
La fonction primordiale du château est de repousser une attaque de l’ennemi. Le Château de Himeji était donc entouré d’un réseau complexe de fossés ou de douves. Les murailles des fondations en gros blocs de pierre et les remparts assuraient une défense supplémentaire, certains se dressant même entre les passages et les clôtures d’enceinte, rendant la pénétration de l’ennemi extrêmement périlleuse, voire impossible.
Une particularité intéressante des remparts de pierre, déjà fort raides, est que leur pente se termine vers le haut par un redoutable surplomb. Cette courbure extérieure, appelée ogi-no-kobai (rampe en éventail), qui en rend l’escalade plus difficile encore, campe la silhouette si originale et gracieuse qui a fait la renommée des châteaux japonais.
Nombreux étaient les châteaux dont les fossés étaient remplis d’eau des douves, donc , tirée, si la topographie le permettait, d’un cours d’eau voisin. Si un envahisseur parvenait finalement à franchir l’obstacle du fossé, il lui fallait alors forcer d’abord le portail principal (ote-mon) puis prendre en enfilade d’autres portes encore. À partir de là, des difficultés plus épouvantables encore l’attendaient avant de faire irruption dans l’enceinte principale, comme se frayer un chemin dans un parcours labyrinthique composé de blocs de bâtiments, portes multiples et passages aux embranchements fantaisistes dont certains se terminaient en cul-de-sac. Il fallait en effet zigzaguer en s’éloignant du donjon si l’on voulait s’en rapprocher, ce qui, dans le feu de l’action, donnait toujours à l’assaillant l’irritante impression de se déplacer dans la mauvaise direction d’autant plus qu’il se rapprochait enfin du but.
Durant tout ce périlleux travail d’approche, l’envahisseur se trouvait exposé au feu nourri des arquebusades dispensé par les nombreuses meurtrières (sama) pratiquées dans les parois du château, et qui étaient de deux types : ya-zama, hauts et étroits rectangles permettant de décocher des traits en tout genre, et teppo-zama, ronds ou carrés pour le tir au mousquet ou à l’arquebuse. Quant au donjon et aux tours de guet, leur approche était défendue par de généreux jets de pierres, et autres projectiles désagréables, déversés sur l’assaillant par les mâchicoulis aux goulottes longues et étroites (ishi-otoshi) pratiqués à la base de la muraille.
Ce type de château fut mis au point au début du XVIIe siècle, dans la période où le Japon entrait dans une ère de paix qui allait durer 270 ans. Ce fut naturellement donc que, les guerres finissant, les châteaux acquirent une signification autre que celle de pure défense et de maintien du pouvoir. La grande beauté de leurs structures symbolisa l’esprit du samouraï déployant les ailes de son prestige pour en faire bénéficier toute la région blottie à ses pieds.
Le château de Himeji, le plus grand à avoir survécu dans son intégralité, passe pour le plus beau du Japon. Le plâtre blanc qui enduit ses murailles extérieures, également utilisé pour stabiliser les énormes tuiles de ses toitures, confère à cette structure une folle élégance qui a valu à cet énorme château l’appellation du Castel du Héron Blanc. Trésor National au Japon, il fut inscrit en 1993 au rang de Patrimoine Culturel Mondial de l’UNESCO.
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Les samouraïs rangeaient leurs armes sur ces râteliers du mur de la grande salle du donjon, afin de pouvoir les attraper rapidement à la moindre alerte.
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