Web Japan > NIPPONIA No.33 > French > Special Feature*
NIPPONIA
NIPPONIA No.33 15 juin, 2005
TOP

Reportage spécial*
Les quartiers de séjour et le laboratoire sont aménagés à la proue du navire de forage crustal profond, Chikyu. Le matériel de forage et un réservoir pour un liquide spécial occupent la majeure partie de l’espace restant à bord.
japanese

Aspect du Chikyu en position de forage
L’on descend dans un tube de forage de gros diamètre reliant le navire au plancher océanique, un liquide spécial et un trépan. Les lames fixées à l’extrémité du trépan pénètrent le sol par rotation. En définitive, selon le projet, il s’agira de forer un plancher océanique à 4.000 mètres de fond, pour s’enfoncer encore de 8.000 mètres dans la croûte terrestre.
japanese
Comprendre le mécanisme des séismes
Un bâtiment de forage crustal profond : Chikyu
Au Japon, le compte à rebours est commencé pour le lancement, en juillet 2005, du Chikyu, le navire qui ira forer au plus profond de la croûte terrestre pour en ramener des spécimens de roches. Descendant jusque sur les planchers marins aussi profonds que 2.500 mètres, son trépan pourra pénétrer la croûte terrestre jusqu’à 7.000 mètres. Les cotes du Chikyu sont assez impressionnantes : longueur, 210 mètres ; largeur, 38 mètres ; déplacement total, 57.500 tonnes. Le coût de construction n’en pèse pas moins de 60 milliards de yen. Se dresse en son centre, à 121 mètres au-dessus du niveau de la mer, une tour de forage s’élevant au milieu des grues. Sur la poupe, une confortable plateforme d’atterrissage pour hélicoptère.
Cette idée de bâtir un navire de forage crustal profond de la lithosphère est du Dr. Taira Akihiko, directeur général du Centre pour l’exploration profonde de la terre, qui dirigera le Chikyu. « Si nous commençons à forer à 2.500 mètres sous la mer et que nous descendons encore de 7.000 mètres, nous pourrions atteindre la ligne de démarcation entre les plaques tectoniques et le manteau, explique-t-il ; et si nous réussissons, nous atteindrons le manteau s’étendant sous la croûte océanique, quelque chose qui jamais encore n’avait été tenté ! Rapporter pour l’analyse des carottes arrachées à la croûte terrestre et au manteau peut nous aider considérablement à comprendre les mouvements de la croûte qui se déplace sur ce manteau, de même que certains processus pouvant intervenir dans les changements climatiques de la planète. »
Mais l’éventualité la plus passionnante dans tout ceci, c’est que nous pourrions peut-être arriver à comprendre ces mécanismes de la tectonique des plaques qui produisent des séismes de magnitude 8. « Nous supposons qu’une des causes de ces grands tremblements de terre est la libération d’énergies colossales accumulées là où des forces de friction retiennent en quelque sorte une plaque tectonique dans son mouvement d’affaissement, de plongée, sous une autre. C’est le phénomène de la subduction. Mais il est intéressant de noter que sur certains emplacements, près de la Fosse des Mariannes par exemple, au large des Philippines, de tels affaissements se produisent pratiquement sans déclencher aucune secousse conséquente. Si nous pouvions en ramener des échantillons, nous tiendrions la preuve matérielle de la non-survenance de séismes dans certains endroits où l’on pourrait en attendre. »
Savoir pourquoi les gros tremblements de terre se produisent, ou ne se produisent pas, nous aiderait beaucoup à les prédire, et pourquoi pas, un jour, à les éviter. « Creuser profondément dans la croûte terrestre pour y installer des capteurs nous permettrait de détecter ce qui se passe aux épicentres, ou du moins très près de ceux-ci. Les capteurs nous signaleraient des mouvements sismiques à l’épicentre, ce qui nous donnerait une latitude de vingt à trente secondes pour lancer l’alarme avant que des ondes de choc conséquentes n’aillent bouleverser une ville. Certes, ce n’est pas grand chose, mais cela donnerait tout de même le temps aux habitants de fermer le gaz et de plonger sous une table pour se protéger la tête. C’est cela surtout qui réduirait considérablement les destructions et les pertes en vies humaines. »
Pour autant qu’on sache, le forage le plus profond sous le plancher océanique réalisé à ce jour était de 2.111 mètres. Le forage sur le Chikyu va porter cette distance à 7.000 mètres grâce à une nouvelle technologie de colonne montante qui permet de faire circuler un liquide spécial pressurisé dans le tube afin d’empêcher l’effondrement du trou de forage.
Et ainsi, en 2006, le Chikyu, bardé de technologies innovantes, commencera par forer à trois mille mètres sous le plancher océanique, au large de la péninsule de Shimokita dans le nord du Japon. Des plans prévoient que ces projets de Forages Océaniques du Japon pour le XXIe siècle (OD21, ou Océan Drilling 21) aillent s’articuler sur un projet international baptisé IODP (Programme de Forage Océanique Intégré) conçu pour promouvoir les forages sous-marins dans diverses parties du monde pour 2010. Un des objectifs est de développer davantage la technologie du forage en sorte que nous serons finalement à même d’exécuter un forage sur un plancher océanique aussi profond que 4.000 mètres, pour descendre ensuite plus avant dans la croûte terrestre par un forage de 8.000 mètres.
japanese


BACKNEXT

NIPPONIA
TOP
   Reportage spécial*    Bestiaire du Japon    Vivre au Japon
   Passent les séismes, demeurent les pagodes !
   Bon Appétit!    Voyager au Japon