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NIPPONIA No.21 15 Juin 2002
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L’espadrille waraji se fabrique donc en paille tressée. Fixées en un point de l’avant de la “semelle”, de longues cordelettes de paille enfilent des passants, de paille toujours, fixés sur le pourtour de la semelle, talon y compris, qu’il suffira d’enrouler autant de fois qu’il le faut autour des chevilles et plus haut encore, jusque sous le genou éventuellement, afin de solidariser la semelle avec la plante du pied. Extraordinairement léger, le waraji confère à la démarche élasticité et rapidité, il est en outre très bon marché et facile à tresser (les paysans les tressaient évidemment eux-mêmes), si bien qu’il constituait dans les temps anciens la chaussure par excellence de la piétaille, des gens du peuple et des voyageurs modestes.
Version évoluée du waraji, le zori de paille passe pour l’ancêtre de la “claquette” portée aujourd’hui sur toutes les plages du monde. On retrouve toujours lanières et semelle ovale, toutes deux encore de paille tressée. Il suffit d’engager la base de la lanière sortant de la semelle entre le gros et le second orteil.Une variante existait pour les hommes de guerre au moyen âge, le ashinaka, à la semelle dépourvue de talon, spécialement conçu pour se mouvoir avec plus de vivacité et d’aisance sur le champ de bataille. Mais avec le temps, le peuple adopta le zori pour les travaux agricoles. Au cours de la période de Edo (1603-1867), l’on vit les fabricants de zori s’installer dans les zones urbaines où ils se mirent à diversifier leur production. C’est ainsi que l’on vit bientôt apparaître un type qui est actuellement considéré comme le zori typique, la sandale setta — la partie supérieure en contact avec la plante des pieds est en fine sparterie faite des feuilles gainant les jeunes fûts de bambou, tandis que la semelle est en cuir avec une ferrure sonore au talon. Mais il existe beaucoup de modèles différents, allant de la plus haute fantaisie au luxe le plus raffiné.
Le geta est fondamentalement une semelle de bois juchée sur deux supports de bois verticaux (appelés “dents”), et toujours les deux lanières de corde tressée recouvertes de tissu ou parfois de cuir, pour y engager les orteils, exactement comme pour le zori. Des rouleaux peints datant du Xe siècle nous peignent des gens en geta, ce qui montre que le port du geta remonte très loin dans le temps. Au début du XVIIIe siècle, les progrès dans l’outillage permettant de développer une production industrielle, le geta devint la chaussure à la mode en la bonne ville d’Edo (le Tokyo d’aujourd’hui). Il se fit de plus en plus voyant, voire tapageur, ce qui incita le Shogunat, toujours prompt à châtier les mœurs et punir le peuple pour ses goûts “dissolus, somptuaires et ostentatoires”, à lui interdire le port des geta laqués, tout comme celui des vêtements de soie. Mais jusqu’à la banalisation de la chaussure occidentale, le geta demeura l’habillement du pied par excellence. Sa production crût jusqu’au pic de 1955 avec 93 millions de paires produites, avant d’amorcer une plongée jamais interrompue depuis.
Le tabi est pareil à la chaussette, si ce n’est qu’il est destiné à être porté avec le zori ou le waraji. Le tabi aide à tenir le pied chaud en hiver et évite aux pieds délicats les écorchures que pourraient occasionner le frottement des deux lanières passant entre les orteils. Grand sujet d’étonnement pour les étrangers (“On dirait un pied de bouc!”), cette “chaussette” est unique par l’autonomie qu’elle concède au gros orteil afin de livrer passage, entre ce dernier et son voisin, aux deux lanières retenant le zori, geta ou waraji au pied.
Jika-tabi est une botte agrafée comme le tabi, si ce n’est qu’il a une semelle de caoutchouc — ce qui était une manière de recycler les pneus usagés — et qu’il remonte plus haut sur le mollet, lui permettant d’être porté tel quel pour les travaux d’extérieur. On doit son invention, en 1922, à deux frères de l’illustre famille Ishibashi, Tokujiro et Shojiro. Les Ishibashi étaient fabricants de tabi, et leur société allait devenir plus tard la Bridgestone Corporation, le fabricant de pneus mondialement renommé. Le Grand Séisme de Tokyo, en 1923, donna l’occasion au nouveau jika-tabi de jouer un rôle important dans l’effort de reconstruction de la ville. En effet, entre autres avantages, du fait de l’indépendance du gros orteil et de sa semelle de caoutchouc, le jika-tabi donne une meilleure prise pour évoluer sur les échafaudages par exemple. Ce qui explique qu’il devint, et reste aujourd’hui encore, le roi des sites de construction dans tout le Japon.
Le Japon moderne a adopté de nombreuses façons occidentales, et la chaussure désormais universellement portée à l’extérieur a pratiquement chassé tous les autres habillements du pied. Toutefois, la coutume de se déchausser dans la maison demeure, ce qui a conduit à une nouvelle habitude : le port à l’intérieur des bâtiments scolaires de savates, patins ou claquettes appelés uwabaki. Mais d’autres types d’habillement du pied imaginés dans le Japon moderne ont été conçus dans un souci d’améliorer la santé. C’est ainsi que les antiques geta et zori opèrent une rentrée très remarquée depuis qu’on a démontré que leur port sans chaussettes activait sensiblement la circulation du sang.
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Fuka-gutsu : Bottes de paille tressée avec de la paille d’orge ; imperméable et thermique elle est parfaite pour les “pays de neige”.
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Waraji : Toujours porté par certains pêcheurs car il donne une meilleure prise sur les rochers visqueux des torrents de montagne.
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Ashinaka : Orteils et talon débordant de la semelle s’incrustent bien dans le sol, ce qui donne une meilleure assise au pied et optimise le travail de jambes dans la mêlée guerrière.
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Kanjiki : S’attache à la botte pour éviter de s’enfoncer dans la neige profonde, comme la raquette du trappeur canadien.
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Wara-zori : Au cours des siècles, la sandale zori est passée par une multitude de formes et de matériaux différents.Cette forme-ci est vraisemblablement la plus proche de la forme originelle.
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Ippon-ha geta : Le geta à une “dent” (la plaque de bois verticale en contact avec le sol) utilisé il y a longtemps par les ascètes bouddhistes dans les montagnes, et porté aujourd’hui, pure coquetterie apparemment, par des chefs sushi.
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Asagutsu : Principe du sabot, creusé dans le bois puis enduit de laque noire. Cette paire était portée par un prêtre shintoïste au XIXe siècle.
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Sengai : Soulier de satin tissé porté par les dames de la cour lorsqu’elles vaquent au palais.
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Tsuranuki : Chaussure de fourrure portée par le seigneur moyenâgeux guerroyant sur son destrier.
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